V Quelles réponses apporter à l’extrême droite ?
1 l’extrême droite ne peut être combattue à partir d’une posture « anti »
L’extrême droite ne pourra être combattue à partir d’une simple posture négative, une posture « anti ». Cette critique ne pourra être menée, devenir véritablement consistante et effective, qu’a partir du moment où elle s’interrogera sur le fondement de ce qui constitue les postures d’extrême droite et sur la manière dont ces postures s’articulent avec la dynamique sociale des sociétés capitalistes. Elle devra distinguer ce qui, d’une part, relève de la dimension économique, ce qui fonde la différence gauche/droite, et ce qui, d’autre part, relève du phénomène autoritaire. C’est là le véritable enjeu de cette critique, et la source de dissensions possibles au sein d’une lutte qui place parfois côte à côte des libéraux humanistes, des sociaux libéraux, des communistes autoritaires et des anarchistes libertaires. La réponse ne sera pas nécessairement à trouver en première instance sur le plan d’une vérité philosophique, mais certainement davantage à partir d’une réflexion sociohistorique et anthropologique sur les processus constituants de la civilisation occidentale, sur la dynamique sociale de ses modèles culturels et économiques, et sur l’articulation entre le capital et les phénomènes d’autorité.
2 De la critique de la réification à l’avènement de la reconnaissance
La théorie de la « réification », qui a été précédemment évoquée, semble constituer une des pistes permettant de saisir ce que pourrait être un des points de jonction possible entre l’accumulation du capital et le phénomène autoritaire. Réduire le monde à une quantité de choses qui nous sont étrangères, ne pas les comprendre, les craindre, et vouloir en devenir maître constitue un trait symptomatique de la culture occidentale, que l’on retrouve autant dans le fascisme que dans le stalinisme ou la logique capitaliste. La négation de l’être en tant qu’être et sa réduction a l’état de chose qu’il faudrait dominer ou détruire constitue aussi, au fond, une posture produisant un sentiment d’indignation. Ce sentiment constitue ainsi la principale raison qui pousse de nombreuses personnes à se mobiliser contre l’extrême droite, mais aussi contre le capitalisme ou encore jadis contre le stalinisme. Comme nous l’avons affirmé précédemment, cette lutte ne pourra aboutir que par l’affirmation d’une posture positive à partir de laquelle cette réalité pourrait être combattue et non simplement dénoncée ou repoussée. Si le refus de la négation de l’être en tant qu’être constitue véritablement ce que nous combattons et qui nous pousse à nous rencontrer, l’idée de « reconnaissance » de l’être en tant qu’être constituerait ainsi le point de départ d’une posture positive en mesure de s’opposer au cynisme et à la barbarie de nos sociétés. La politique et les actions de l’Homme ne seraient alors plus jugées à partir du seul critère de l’efficacité technique, mais en prenant en compte ce que ces actions implique pour l’existence de l’autre. Cette reconnaissance ne devra pas exister seulement au plan juridico-légal, mais devra se développer au cœur même des rapports sociaux. Si ce phénomène se développe à l’avenir, alors nous pourrions dire que nous aurons véritablement triomphé de l’extrême droite.