Deux manifestations d'ampleur nationale ce mois-ci, un gouvernement qui ne lâche pas prise, des directions syndicales qui utilisent la combativité de leur base pour aller négocier des miettes à l'assemblée, bref rien de bien nouveau pour quiconque connaît un tant soi peu l'histoire des luttes sociales en France depuis plus d'un siècle ! Et pourtant, derrière cette impression de déjà vu se dissimule les enjeux fondamentaux de la modernité.
Il ne servirait à rien de reprendre ici les innombrables exposés des Gauches à ce sujet. Le report de l'age à la retraite n'est pas affaire de rationalité économique et technicienne, c'est une question socioculturelle. Si ce n'était qu'une question de budget et si le maintient (ou l'abaissement) de l'age de la retraite constituait une priorité pour les dirigeant et les aspirants dirigeant de ce pays, alors, il suffirait, par exemple, de diminuer le budget colossal attribué aux secteurs policiers et militaires, et de puiser les profits du capital et dans les fortunes abyssales de la grande bourgeoisie Française.
C'est une question socioculturelle au sens ou elle implique bien plus la mise en question du type de rapport aux autres que nous voulons développer : voulons nous être considérés comme des ressources énergétiques pour alimenter "la machine" ou voulons nous adapter les savoirs et les technologies dont nous disposons à construire une existence au maximum libérée de la contrainte du travail ? Voulons nous l'égalité et la solidarité, ou voulons nous l'individualisme sauvage et la guerre économique et institutionnelle de tous contre tous ? Est-on libre lorsque l'on abandonne son existence au travail, ou l'est on lorsque l'on est au maximum déchargé de la contrainte travail ?
Les progrès technologiques réalisés depuis les années 50 permettaient une existence requérant de moins en moins de labeur, cependant, elle fut bloquée par la domination capitaliste, qui aurait à ce moment subit son effondrement. La réponse du capitalisme à la menace d'émancipation contenue dans l'automatisation fut le développement de la société marchande, de services, de consommation, du travail et de l'économie "immatérielle", ainsi que la précarisation par maintient d'une durée d'activité entretenant inéluctablement le chômage de masse.
Ce qui se pose face à nous aujourd'hui, c'est la perspective d'une civilisation individualiste, atomisante, violente et fragilisante, soumise au bon vouloir d'une poignée de capitalistes et de leurs laquais, et au contrôle de leurs "expert" en management social ; mais c'est aussi la possibilité d'une révolte contre cet état des choses, d'une prise en main collective de nos existences, de nos réalisation, de notre devenir.
La Gauche politicienne et syndicale, trop attachée à défendre ses intérêts et son petit pouvoir, ne se rend pas assez compte que ce qui est en jeu, ce n'est pas la survie d'un système économique, mais l'existence réelle de millions de personnes !
N'attendons pas après eux, organisons nous directement !
Aujourd'hui, défendons nos retraites, demain, changeons ce système !
Réinvestissons nos quartiers, nos usines, nos hôpitaux, nos associations, nos écoles et tous les lieux où nous trouverons des camarades prêts à lutter!